|
NIGER:
NIAMEY, le
05-03-2010.
Le Niger
exemplaire
C’est la fidélité à nos principes qui nous commande de
saluer l’armée nigérienne dans son acte hautement
républicain contre la dictature du faussaire Mamadou
Tandja. L’habit ne fait vraiment pas le moine. Le contre
coup qui vient de se dérouler à Niamey remet les
pendules à l’heure de la démocratie. N’oublions pas de
sitôt, car c’était en Août dernier, quand la névrose et
la sénilité empêchaient à Mr Tandja un jugement cohérent
sur la voie qu’il empruntait pour le Niger. Les acabits
de son genre renaissent à nouveau sur le continent comme
si nous étions retournés sur nos pas aux milieux des
décennies soixante à quatre-vingt. Ne nous dites pas
qu’il s’agit d’un épiphénomène. Pauvre Afrique ! Un pas
en avant deux en arrière.
Mais diantre ! Qu’est ce qu’il y a de si hypnotisant
dans le pouvoir pour s’attaquer à notre plus grande
faculté ? Qu’y a-t-il avec le pouvoir pour que les
valeurs cardinales qui fondent l’humain lui soient
troquées? Si nous avons les réponses c’est peut être
parce que nous ne sommes pas tombés dans les méandres du
pouvoir tel que perçu chez nous. Il a fallu nos
souvenirs de Mandela, de Nyerere, de Senghor, et
rappelez nous s’il vous plait,… qui d’autre ? Pas ceux
là qui ont traîné les pas. Très peu en réalité, pour ne
pas cogiter sur cette violente question : les africains
sont ils des dictateurs dans l’âme ? Demande profonde
s’il en est.
Mais contrairement au cliché populaire servi, la
dictature n’est point l’atavisme d’une race ou d’un
peuple particulier. Nous l’avions déjà dit et nous le
répétons encore ici, la mauvaise gouvernance et autres
maux sui generis liés à l’exercice du commandement
suprême ne sont pas innés même si, il est vrai, nos
roitelets continentaux, par leurs pratiques mythiques et
par leur entendement mystique du pouvoir, tendent à
faire accepter cette perception comme vérité empirique.
L’insuffisance des hommes suffisants est de ne jamais
être suffisamment suffit. Les Mamadou Tandja du passé et
du présent ont été et demeurent encore le cauchemar qui
hante cette terre africaine meurtrie par l’arrogance de
ces hommes qui n’ont toujours pas compris que les
cimetières sont remplis d’hommes et de femmes
indispensables mais dame planète continue de faire sa
révolution cahin caha. Mon Dieu ! Fasse qu’ils se
rabaissent au niveau de leur peuple pour le servir avec
abnégation et humilité.
Les armées africaines nous ont rarement servi autre que
du réchauffé. Exigeons par la discipline républicaine à
cette armée nigérienne de ne pas se transformer en «
balayeuse de maison » comme l’armée du Général Gueï,
qu’elle ne soit pas bâtisseur de routes et
d’infrastructures, qu’elle ne cherche pas à améliorer
les conditions de vie des citoyens car tout cela est le
rôle d’un gouvernement démocratiquement élu par ceux là
qui les ont acclamés et applaudis hier encore. L’armée
est une école de civisme et de patriotisme, le soldat
est un citoyen comme tout autre qui défend la patrie
contres les ennemis externes et internes aux moyens des
armes dont elle a la maîtrise.
Le fruit tombe toujours au pied de l’arbre
Ces incantations tentant à condamner les coups de forces
ne doivent émouvoir personnes lorsqu’il n’y a plus
d’alternative laissée par les pseudo démocrates à
enserrer leur peuple dans la moule de leur bon vouloir.
Quelle remède y avait il contre Mr Tandja ? N’est ce pas
que tous l’avaient averti de l’incertitude dans laquelle
il menait le Niger ? Ne l’ont-ils pas tous dénoncé?
Comment condamner le malfrat au même titre que la
justice qui le punit ? Hé ! Soyons consistants. Les
coups d’états sont, de nos jours, la résultante des
civils avides de perspectives de développements
économiques et démocratiques de leur pays. Blâmons nos
armées à hauteur de voix d’adulte mais, absoudre la
responsabilité de ceux là qui les invitent à la table
pour dîner, serait faire preuve de myopie. Pouvons nous
avec sincérité dédire Voltaire dans ces lignes : « Si
l’homme est crée libre, il doit gouverner. Si l’homme à
des tyrans, il les doit détrônés ». Tandja, Gbagbo,
Deby, Biya, Kadhafi, Campaoré, Hosni…pour ne pas nommer
la quarantaine restant, se doivent détrônés.
A chaque époque sa réalité. Naguère, un coup d’état
était dit réussi lorsque le président était déchu du
pouvoir, souvent au prix fort de sa vie. Nous refusons
ce genre de « réussite » aussi simpliste et qui porte
atteinte à l’intégrité physique de qui que ce soit fut
il un dictateur. Les paramètres doivent être réévalués à
l’attente et aux objectifs de ce pronunciamiento.
Un coup d’état n’aura réussi que si :
1. il met fin au règne d’un despote,
2. il restaure la démocratie: c'est-à-dire le retour à
une vie constitutionnelle normale,
3. dans un délai relativement acceptable ses auteurs se
soumettent aux règles démocratiques en vigueurs.
4. le président déchu comparaît devant les juridictions
adéquates pour haute trahison et, poursuivit pour
assassinat s’il y a mort d’une seule personne pendant la
« libération » du pays.
Voici quelques préalables qui serviront de jauge au
succès d’un coup de force. En déça de cela, nous nous
retrouverons devant une camarilla de malfrats à l’envie
de leurs poches et de leurs proches pour des intérêts
sordides et fétides. L’armée nigérienne si elle veut se
hisser à la hauteur de l’espoir de son peuple dans le
jeu démocratique, alors les objectifs ne lui sont plus
inconnus.
Ne souhaitons par dépit ni la venue des Barré Maïnassara
ni des Robert Gueï qui, au lieu de libérer leur pays
respectif des laisses rétrogrades du chienlit l’ont
lacéré avec l’arme fatale de l’archaïsme politique. «
Etre libre, c’est de passer d’un état à l’autre, c’est
s’arracher à quelque chose. C’est donc une rupture ».
Malgré la clarté du jour nouveau qui s’élève à
l’horizon, ce jour qui réfute le prolongement du Très
Exalté sur terre avec la présidence à vie, qui ne
s’accommode plus des mentalités monarchistes africaines,
qui différencie le pouvoir divin à celui temporel et
temporaire des hommes, il y a encore de ces « héros »
qui ne sont que des « zéros » en vérité, oint du sceau
du seigneur pensent-ils, à s’arc-bouter contre la
volonté de leur peuple par des subterfuges démoniaques
et maléfiques, à bâillonner l’aspiration profonde et
populaire des africains pour un meilleur développement.
Ils s’opposent à une Afrique qui finira de régler la
question des libertés et des droits c'est-à-dire la
question des valeurs, ils sont une entrave à une école
qui produit l’épine dorsale des hauts cadres de demains,
des hôpitaux qui soignent le « petit quelqu’un et le
grand quelque chose», une agriculture qui garantit
l’autosuffisance et qui donne de l’emploi. Ils sont donc
une aberration pour nous comme vous le voyez.
A l’heure où nous écrivons ces lignes, il y a au moins
un qui lit sa constitution comme sur un palimpseste fané
avec la fertilité de l’imagination qu’on lui connait. Il
y a, en ce moment précis également, un autre qui vient
de se souvenir in extremis après deux décennies, dont
une sous son règne, que la constitution de son pays doit
être à l’image de la « modernité ». Une commission de
révision constitutionnelle avait été ficelée sur volonté
présidentielle, composée de « mécaniciens et de
chirurgiens » de la loi afin de la parer, de l’embaumer
pour les yeux doux de leur peuple, et qui a déjà lancé
un ballon d’essai. Le peuple, le vrai, qui n’a cure
d’une constitution encore moins de son amendement,
tellement écartelé à la recherche du quotidien, sera mis
devant le fait accompli et, au nom de la soi-disant «
démocratie consensuelle » chantée et vendue par les «
nyamakalas » de service devra, comme Nicodème, se
résoudre à l’évidence de la fatalité. Nous prenons à
témoin tout ce que vaut quelque chose pour ces demi
dieux et leurs saprophytes, pour affirmer que nous
irons, avec nos« petits Coulibaly » et les « Tonjô »,
déguster le haricot au palais du peuple quand aura
retenti le hallali.
Hé tchê, i té sabaly !
Haïdara Chérif
sidaty@juno.com
|