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COLOMBIE:
BOGOTA, le
26-03-2010.
Respect de la Constitution
: Pourquoi les Africains ne suivraient-ils pas l’exemple
colombien ?
Auteur : Noël Kodia
La Cour constitutionnelle de la Colombie a statué voilà
un mois en faveur de la démocratie en prenant une
décision on ne peut remarquable dans un pays du Tiers
monde où la démocratie a du mal à s’implanter. Elle a
refusé un référendum au président Alvaro Uribe qui lui
aurait peut-être permis de briguer un troisième mandat.
Comme au Honduras en juin dernier la Constitution est
respectée. Au Niger, la dernière tentative du président
Mamadou Tandja d’aller contre la Cour constitutionnelle
pour s’octroyer un troisième mandat, au même moment que
les évènements au Honduras, s’est terminée par le retour
au pouvoir des hommes en treillis. L’exemple de M.
Bouteflika en Algérie a fait des émules. Mais pourquoi
l’exemple de la Colombie ne serait-il pas possible en
Afrique ?
En s’opposant à ce referendum qui pouvait remettre en
cause la limitation des mandats imposée par la
Constitution colombienne, la Cour constitutionnelle,
dont les textes s’apparentent à ceux des Constitutions
africaines, n’a fait que lire le Droit. Cette décision a
peut-être épargné au pays d’éventuels malheurs qui
proviennent souvent du non respect des Constitutions
dans les pays du Tiers monde.
Depuis la décennie 90, les Africains, sommés de
respecter les directives données par Mitterrand dans son
fameux discours de la Baule, sont passés des dictatures
sur fond de coup d’Etat aux démocraties consécutives à
des élections pluripartistes. Mais quelques années
après, la majorité des premiers présidents élus
démocratiquement ont voulu garder le pouvoir par tous
les moyens en bravant la constitution censée limiter
leur pouvoir.
Ils remettent en cause de l’alternance au pouvoir qui
pouvait naître des élections libres et transparentes
inscrites dans toutes les Constitutions « démocratiques
» imposées par le pluralisme démocratique. Et des
confrontations interethniques, souvent avec destructions
matérielles et morts d’hommes s’en suivent. Ce qui
montre que la majorité des pays africains ne seraient
pas prêts pour une véritable démocratie pluraliste, en
dehors de quelques rares exemples tels le Sénégal, le
Benin et le Mali où l’alternance au pouvoir s’est faite
en respectant la Constitution en ce qui concerne la
limitation des mandats. Sans doute pour deux raisons
essentielles.
Sur le plan social et politique le clanisme et
l’ethnicité jouent un rôle très important et souvent
négatif au moment des élections en Afrique.
L’analphabétisme politique des « larges masses
populaires » et l’achat de voix dont elles sont victimes
pendant les campagnes électorales peuvent expliquer
cela. Elles ne votent pas pour les programmes mais pour
les candidats de leur ethnie qui leur ont promis
l’amélioration des conditions sociales. Et comme en
Afrique, le pouvoir est souvent entre les mains
d’ethnies minoritaires comme en Côte d’Ivoire, au Congo,
au Rwanda, au Gabon pour ne citer que ces quelques
exemples, les dirigeants craignent une sanction de la
majorité « oppositionnelle » si transparence il y avait
dans les élections. Mais ce reflexe très manifeste en
Afrique paraît moins prononcé en Colombie, en dépit de
son passé violent. Une raison qui pourrait justifier
l’attitude, et le pouvoir effectif, de la Cour
constitutionnelle colombienne.
De manière complémentaire, les incitations économiques
poussent les dirigeants africains à « s’agripper » au
pouvoir en faisant fi de l’ordre constitutionnel. C’est
justement leur gestion familiale et clanique des
richesses du pays, en complicité avec certaines
multinationales protégeant leurs contrats, qui ne permet
pas la bonne gouvernance. Les rentes fournies par
l’exploitation de ressources naturelles tels que le
pétrole ou l’uranium dans certains pays comme l’Angola,
le Congo, le Gabon et le Niger, expliquent donc in fine
les fraudes aux élections et le tripatouillage des
Constitutions pour éviter l’alternance au pouvoir. Il
est probable que les rentes qu’offre l’exploitation des
richesses naturelles intéressent aussi les politiques
colombiens. Mais le fait que le pays ait déjà procédé à
des réformes pour favoriser le climat des affaires (il
est classé 37° par la banque mondiale sur ce plan)
induit que les dirigeants y ont à rendre des comptes de
leur gouvernance, parce que les rentrées fiscales
reposent sur la dynamique des entrepreneurs désormais.
Les institutions de l’état de droit peuvent alors
s’ancrer plus facilement.
Seule l’alternance démocratique sur fond d’une bonne
gouvernance politique et économique avec respect des
limitations des mandats pourrait donner un autre visage
à l’Afrique. Aussi les peuples sanctionneraient leurs
dirigeants par les urnes. Mais se pose ici ce problème
de bonne gouvernance, quand on sait que les hommes
politiques africains ne vivent pas d’impôts prélevés
pour des services aux citoyens, mais de l’exploitation
éhontée de « leurs » ressources naturelles. Ils ne
respectent même pas les principes élémentaires de leur
Constitution dans la gestion politique et économique de
l’Etat car n’ayant pas de compte à rendre à leur peuple.
Dans presque tous les pays africains, on remarque que
les majorités présidentielles et les oppositions se
regardent en chiens de faïence. Parfois, avant même que
les résultats des urnes soient proclamés par les
fameuses Commissions indépendantes mises en œuvre pour
départager les candidats, les deux camps crient victoire
chacun de son côté. L’opposition accuse souvent le
pouvoir de fraudes pour gagner le scrutin : une
situation avérée l’année passée au Gabon et aujourd’hui
au Togo. Ces situations regrettables continuent à
fragiliser le continent depuis que les Africains
expérimentent la démocratie pluraliste. L’Afrique
gagnerait en démocratie si ses dirigeants se faisaient
violence en respectant leur Constitution.
Noël KODIA est essayiste et critique littéraire
congolais.
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
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