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NIGER:
NIAMEY, le
02-03-2010.
Tandja,
Tandja !
Que ne t’avait-on pas dit, Tandja ?
Tu
avais terminé tes deux mandats et tout le monde, aussi
bien dans ton pays qu’à l’extérieur te félicitait pour
le bon travail que tu avais accompli. Est-ce tout ce
concert de louanges qui t’était monté à la tête ? Tu as
décidé de garder définitivement le pouvoir. Parce que tu
avais commencé un bon travail qu’il te fallait achever,
disais-tu ? Parce que tu étais le seul Nigérien
intelligent ? Non.
Tu te
disais qu’Eyadema avait modifié sa constitution pour
conserver le pouvoir à vie, Bongo aussi, Biya aussi,
Conté aussi, Ben Ali aussi, Museveni aussi. Tu te disais
sans doute que tu n’étais pas plus bête qu’eux, et que
tu pourrais parfaitement faire chez toi ce qui leur
avait si bien réussi chez eux. Mais tu avais oublié une
chose, Tandja. Le peuple nigérien n’est pas le peuple
togolais ou camerounais ou guinéen. L’histoire de ton
pays aurait pourtant dû t’enseigner des leçons.
Souviens-toi. Lorsque ton pays s’était trouvé paralysé
en 1996, par les bisbilles entre le président et le
Premier ministre de l’époque, c’était l’armée, en la
personne de Baré Maïnassara qui avait mis le holà le 27
janvier, sous les applaudissements du peuple. Et lorsque
Maïnassara avait voulu à son tour confisquer le pouvoir,
c’est la même armée qui l’a liquidé le 9 avril 1999.
Toujours sous les applaudissements du même peuple. Et
Daouda Malam Wanké avait eu la sagesse de remettre le
pays sur les rails de la démocratie, ce qui t’avait
permis d’arriver au pouvoir. Avais-tu oublié tout cela ?
Tu étais l’homme le plus indispensable du Niger,
pensais-tu. Mais ton pays a une armée qui sait prendre
ses responsabilités, lorsqu’elle voit qu’un autocrate
aux petits pieds est en train de conduire toute la
communauté vers sa ruine. Ton pays a une armée
républicaine qui sait distinguer les intérêts mesquins
des uns et des autres de l’intérêt général. Ton armée
n’est pas composée de criminels qui préfèrent tirer sur
la foule innocente plutôt que sur le tortionnaire du
peuple. Ton peuple n’est pas un peuple de moutons que
l’on peut conduire à l’abattoir sans l’entendre pousser
un seul cri. Ton peuple a admirablement résisté à ta
folie. Honneur au peuple nigérien.
La
dernière fois que je suis allé au Niger on m’avait
raconté que tu avais distribué des voitures et beaucoup
d’argent aux officiers supérieurs de ton armée.
Crois-tu que c’est tout le monde qui se laisse
facilement corrompre ? Ne savais-tu pas qu’il y
avait dans ton armée des hommes de principe, des hommes
d’honneur qui souffraient de voir leur pays, naguère
glorieux, aller à la dérive par ta faute ? Que ne
t’avait-on pas dit, Tanja ? Ton pays était mis au ban de
la communauté internationale, mais tu t’en moquais. Ton
pays, pauvre parmi les plus pauvres du monde était en
train de couler. Mais tu t’en foutais. La seule chose
qui comptait à tes yeux était ton pouvoir. Ce pouvoir
qui t’avait rendu fou, comme tant d’autres sur ce
continent, comme tant d’autres qui préfèrent régner sur
des cadavres, sur des pays plongés dans l’obscurité et
dans la déchéance plutôt que de céder un seul pouce de
ce vénéneux pouvoir qu’un peuple imprudent a eu le tort
de placer entre leurs mains.
Dis-moi,
Tandja, qu’est-il arrivé à Senghor et Abdou Diouf du
Sénégal, Ahmed Tejan Kabbah de Sierra Leone, Jerry
Rawlings et John Kufuor du Ghana, Alpha Oumar Konaré du
Mali, Obasanjo du Nigeria, Nicéphore Soglo et Mathieu
Kérékou du Bénin, Nelson Mandela et Thabo M’beki
d’Afrique du sud ? Que leur est-il arrivé lorsqu’ils ont
volontairement renoncé au pouvoir ou lorsqu’ils l’ont
perdu, parce que leurs mandats étaient arrivés à terme,
ou à la suite d’élections qu’ils n’ont pas contestées ?
Il leur est arrivé respect, honneur et reconnaissance.
C’est de cela que tu te trouvais indigne ? Tu estimais
que dès lors que le peuple t’avait élu, le pouvoir qu’il
avait mis entre tes mains te venait de Dieu, et seul
Dieu pouvait te l’enlever. Tu as donc organisé une
parodie de référendum pour légitimer ton coup de force.
Tu as dissous toutes les institutions que tu ne
contrôlais pas et qui te résistaient. Tu as tenu tête à
tout le monde et même au bon sens le plus élémentaire.
Où es-tu aujourd’hui, Tandja ? Qu’es-tu devenu, Tandja ?
Tu es un prisonnier dont personne ne réclame la
libération ? La communauté internationale a condamné le
coup d’Etat qui t’a renversé par simple principe, mais
tout le monde applaudit. Parce qu’il y a des coups
d’Etat républicains, des coups d’Etat qui libèrent un
pays bloqué par la folie, ou l’ambition d’une seule
personne qui veut s’incruster au pouvoir, et ce coup
d’Etat qui t’a balayé en est un. De ta prison tu as
certainement entendu les clameurs de joie du peuple que
tu avais pris en otage. Ce peuple que tu croyais
derrière toi, ce peuple dont tu avais interprété le
silence comme un consentement.
Tandja, on
peut terroriser un peuple, le corrompre avec de l’argent
ou des paroles mielleuses pour avoir le sentiment qu’il
est derrière soi. Mais souviens-toi de ces paroles
toutes simples que de nombreux chanteurs ont reprises :
on peut tromper une seule personne tout le temps, mais
on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. Et
il arrive un moment où quelqu’un, surgi de là où
personne ne l’attend, décide de prendre ses
responsabilités.
Venance Konan email : venancekonan@yahoo.fr,
pour
guineemoderne.com
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